Peway, je ne vois ça que pour nous tous du groupe de go, Peway, c'est Nous. Mais c'est pas nous, John, Kate et Bob.
Impossible, injouable et inimaginable.
De toute manière, à l'époque, on ne connaissait même pas ce mot, qui est venu bien après...
Tout commence donc en septembre, jour de la rentrée. On se presse sur les feuilles de classes après avoir revu tout le monde.
Oui, John a retrouvé la plupart de ses anciens camarades de seconde, il parle tranquillement, il est presque calme. Enfin, c'est ce qu'il essaie de faire croire. Chaque rentrée, c'est exactement la même chose, la même torsion de l'estomac qui vient quand il rentre dans le lycée, la tête qui tourne quand il lit les noms et reconnaît le sien. John est toujours aussi con et ça ne changera jamais. John a peur de cette année à venir comme si le peu de connaissances qu'il avait à cette époque allaient disparaître s'il partait dans une autre classe. John était sensible... Mais vraiment trop con. Il savait parfaitement que dans ses connaissances actuelles, la majorité redoublaient, le reste partait dans une autre section. Aucune chance de se retrouver dans la même classe. Il lit, donc. Genoux qui tremblent, presque la bave aux lèvres, le stress qui monte, qui monte. Quelques noms connus, il ne sera pas seul, au moins. Des gens qu'il voit, à qui il n'a jamais parlé. Il passe sur le nom de Kate, celui de Bob, il n'y prête pas attention. Ils ne se connaissent pas encore. Résigné, il monte au second étage pour rejoindre sa classe.
Première fois où ces trois là sont réunis, sans même qu'ils le sachent. Le regard de John ne s'attarde sur personne, Kate a sûrement repéré quelques personnes socialement potables, je n'ai plus aucun souvenir de Bob qui au début m'est apparu comme totalement insignifiant à mes yeux et à mon cœur, même si je crois me rappeler d'une certaine gène quant à sa carrure d'athlète et son sourire un peu trop jeune pour moi. Qui présageait de la suite, mais aucun de nous n'en avait idée. Oui, quand on regarde à posteriori, on était tous les trois sacrément cons et ignorants.
On passera sur les deux heures avec notre professeur principale, Mme V., Professeur de Français (Bonne nouvelle en section scientifique ! Haut les cœurs ! Haut-le-cœur ?), n'est-ce-pas. On passera de même les quelques premiers jours de cours où nous faisons connaissance comme le font tous ceux qu'on connaît, apprendre des noms mécaniquement à replacer sur des visages qui ne nous disent absolument, mais absolument rien. Une attention indifférente, le propre d'une rentrée presque sociable, un mensonge spontané qu'on s'inflige tous. Des profs, toujours les mêmes, qui, où qu'on aille et quelque année que ce soit se ressemblent tous, semblent sortis d'un même moule d'ennui et de banalité. Ils ont beau ne pas avoir les mêmes visages, au fond, ils sont bien tous pareils, ces charmants adultes qui auraient bien voulu enseigner à des élèves normaux, faire leur programme dans le moins de bruit possible. Des grands enfants qui rêveraient de cubes bien ordonnés. Chaque année, quelle désillusion...
Donc, on passe, on appuie sur avance rapide avec nonchalance, sous le Pont Mirabeau coule la Seine, le Temps qui s'allonge et nous emporte peu à peu. Tout commence véritablement ici, le début, ou la Prise de contact. Roulement de tambours... Ou pas. Non, rien d'extraordinaire. Pour tout avouer, rien d'autre que des banalités. Et oui, on aimerait bien que la Vie nous donne une existence palpitante, mais il faut avouer que dans sa globalité, c'est sacrément plat et chiant.
Kate se connecte sur msn, habituel, normal, basique, une adolescente comme une autre, un service de communication en temps réel utilisé par tout le monde ou presque depuis quelques années. Elle fait la liste de ses contacts sans vraiment faire attention, voir si des gens intéressants sont là, pour parler un peu. Echanger des idioties, bavarder sur tout et rien. Kate le faisait, John aussi et Bob, sûrement. Elle regarde, et voit John connecté. Depuis la troisième, elle a cette adresse, sait à qui elle appartient, se représente bien le bonhomme : une touffe de moquette collée sur un crâne qui aimerait bien masquer l'obésité du visage aux joues grasses, piquetées des deux verres de lunettes rondes. Assez mal habillé, souvent en jean et un pull trop grand pour lui très large. Garçon jeune lambda sans trait particulier qui retient l'attention, simple, sans animosité particulière. Cette année, deuxième année où Kate et John sont dans la même classe, par un coup du sort, Kate décide de venir parler un peu à John. Cerner mieux ce qui se cache sous le buisson de cheveux châtains, voir qui c'est, ce garçon de rien qui lui reste sous le nez depuis 24 mois consécutifs. Et elle se lance.
Il me semble que Kate n'entretenait que des rapports tout juste polis avec Bob, encore. John non plus ne parle pas vraiment à Bob, qui lui reste plus avec le peu de Tennisman qui, décimés dans notre classe d'une vingtaine de personnes se rangent en petit groupe près d'une fenêtre. John s'est trouvé un franco-australien, qui l'accompagnera au fil du temps, et reste encore aujourd'hui là, à ses côtés. On précisera que cet ami aura un rôle particulier à jouer dans notre histoire et élargit notre trio de couillons à un petit quatuor, appelons pour y retrouver... disons... mh... Marc. Toutes ces relations du début d'année ne sont que le fruit de ma mémoire qui n'est plus si bonne que ça, et je ne fais véritablement que supposer, peut-être que je me trompe sur toute la ligne. Mais je pense quand même rendre plus ou moins bien la réalité. Entre Mémoire et Rêves, un pas si petit qu'il contient tout l'Univers.
John, surpris par la sonnerie qui annonce une conversation lancée se jette sur l'ordinateur. C'est comme ça que le contact s'établit entre deux vies qui n'ont strictement rien à voir, rien à s'envier, rien à partager, à priori. Mais l'existence relève de surprises à cultiver sur le chemin, peu à peu, à cueillir tant qu'on peut, quand on a le courage de se baisser. Ils l'ont fait, et sans se douter un seul instant de tout ce qu'ils allaient trouver.
Je suppose que tout a commencé par cette banalité foireuse qui donne envie de vomir, ces âmes qui ne se connaissent pas et se repoussent dans un dégoût mutuel, cette politesse dégueulasse, violente de paresse : " Salut ". On pourra dire ce qu'on veut, inventer toutes les belles situations qui soient, se refaire même la vie sous un autre jour, mais quand tout commence par quelque chose de ce genre, comme toujours, c'est à se tirer une balle. Essayer de rendre, de trouver un peu de beauté et de vérité poétique dans tout ce foutoir, et voir un " Salut " s'afficher. Déprimant, juste humain. Juste nous tous, une connerie monumentale. A en regretter de s'être cassé le cul pour sortir du ventre maternel.
La suite bien sûr, c'est la vie, et n'a que le mérite et la qualité d'exister, à défaut d'être passionnante. On s'en est contentés, et je crois même me souvenir que John était particulièrement flatté d'être sujet à un intérêt, - même vague et absent - de la part de quiconque. Quand on vit dans une solitude un peu maladive, le moindre oiseau qui se pose près de soi paraît un rayon de Soleil qui passe sous notre porte. Un cadeau des cieux, un ange qui descend en souriant. Et en me relisant, je dois dire que je ne crois pas si bien dire...
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En vous souhaitant une bonne matinée, sous le Soleil du dimanche, qui assomme sans endormir, qui distrait sans rien faire. Le seul Soleil pour la seule journée qui puisse empêcher n'importe qui de travailler.
Un Zénith ô combien cruel, pour qui sait qu'il doit étudier Pascal pour une interrogation les deux premières heures de sa journée de lundi.
C'est beau de rêver, mais la Vie, quelle claque.
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